Qu'est-ce que le dépôt de garantie et comment fonctionne la retenue ?
Le dépôt de garantie, également appelé caution ou dépôt-garantie, est une somme d'argent versée par le locataire au propriétaire au moment de la signature du bail. Son objectif est de couvrir les dégâts matériels occasionnés pendant l'occupation du logement et, dans certains cas, les loyers impayés. En France, cet dépôt de garantie est strictement encadré par la loi du 6 juillet 1989, relative aux rapports entre bailleurs et locataires.
Depuis le 1er janvier 2016, le dépôt de garantie ne peut pas dépasser un montant supérieur à un mois de loyer hors charges (loyer net), sauf accord écrit spécifique. Par exemple, pour un logement loué 600 € par mois hors charges, le dépôt de garantie maximum est de 600 €.
La question de la retenue de 20 % sur la caution pour les charges de copropriété pose problème à de nombreux locataires. Est-ce que le propriétaire a le droit de conserver cette partie sans justification ? Quelles sont les conditions légales pour effectuer une retenue ? Quels sont vos recours si vous jugez la retenue injustifiée ? Cet article vous fournit les réponses détaillées, avec références légales et conseils pratiques.
La retenue de 20 % sur les charges est-elle autorisée par la loi ?
La réponse directe est : non, une retenue forfaitaire de 20 % n'est pas automatiquement légale. Le propriétaire ne peut retenir une partie du dépôt de garantie que s'il justifie des dégâts matériels ou des loyers impayés. Les charges de copropriété ne constituent pas une base légale pour une retenue forfaitaire.
L'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 précise que le bailleur doit restituer le dépôt de garantie « dans un délai d'un mois » à compter de la fin du bail, sauf si le bailleur justifie de dépenses à charge du locataire. L'article 22-1 renforce cette protection en établissant que si le bailleur ne restitue pas le dépôt dans le délai imparti, il doit verser des intérêts moratoires au locataire.
Voici les seules raisons légales pour lesquelles un propriétaire peut retenir une partie ou la totalité du dépôt de garantie :
- Dégâts matériels : travaux de réparation ou de remise en état du logement (trous dans les murs, carrelage cassé, peinture salie, etc.) ;
- Loyers impayés : si le locataire a not payé tout ou partie de ses loyers durant le bail ;
- Charges locatives impayées : uniquement si elles figurent au bail et que le locataire les devait. Les charges de copropriété pures ne relèvent généralement pas des charges locatives.
Une retenue forfaitaire de 20 % « pour les charges de copropriété » contrevient à ce cadre légal. Le propriétaire doit justifier chaque retenue par des factures, devis ou frais réels.
Distinction entre charges locatives et charges de copropriété
Pour comprendre pourquoi une retenue de 20 % est problématique, il faut distinguer :
Les charges locatives (ou charges récupérables) sont des frais que le propriétaire répercute mensuellement sur le locataire via le loyer. Il s'agit par exemple de :
- Entretien des parties communes (escaliers, couloirs) ;
- Consommation d'eau froide ou chaude collectifs ;
- Électricité des parties communes ;
- Chauffage collectif (dans certains immeubles).
Ces charges apparaissent généralement dans un décompte annuel établi après le départ du locataire. Si le locataire a payé une provision sur charges insuffisante, le propriétaire peut réclamer le solde. Mais cette réclamation ne justifie pas une retenue forfaitaire : elle doit correspondre à des frais documentés.
Les charges de copropriété (ou charges communes de copropriété) sont des frais payés par le propriétaire-bailleur à la copropriété (syndic, travaux de maintenance de la façade, toit, etc.). Légalement, le propriétaire ne peut pas les répercuter sur le locataire via une retenue sur la caution. Ces charges restent à la charge du propriétaire.
En réalité, la confusion vient souvent du fait que les propriétaires cherchent à récupérer indirectement les charges qu'ils ont payées. Or, le dépôt de garantie ne peut servir à cela : il est destiné à couvrir les dégâts matériels ou les loyers impayés, rien d'autre.
Cadre juridique de la restitution du dépôt de garantie
Comprendre les délais légaux est essentiel pour savoir si vous êtes en droit de réclamer votre dépôt.
Article 22 de la loi du 6 juillet 1989 : « Le dépôt de garantie est restitué au locataire dans un délai d'un mois à compter de la fin du bail, déduction faite, le cas échéant, des réparations locatives ou autres dépenses mises à la charge du locataire. »
En pratique, cela signifie :
- Délai de 1 mois : le propriétaire a 1 mois à compter de votre départ pour restituer le dépôt. Ce délai commence à courir le jour où vous remettez les clés.
- Justification obligatoire : si le propriétaire retient une part, il doit justifier chaque retenue par une facture, un devis ou un reçu.
- Absence d'accord verbal : une retenue forfaitaire de 20 % sans justification écrite est nulle.
L'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 (modifié en 2016) impose des pénalités si le propriétaire ne respecte pas ces délais :
« Si la restitution n'intervient pas dans le délai d'un mois, le bailleur verse au locataire une indemnité égale au taux légal d'intérêt moratoire en vigueur, calculée sur le montant non restitué, à compter du jour de l'expiration du délai d'un mois jusqu'au jour du paiement effectif. »
Le taux légal d'intérêt moratoire est d'environ 3,29 % par an (il change tous les trimestres). Sur un dépôt de 600 € retenu illegalement, vous pourriez obtenir environ 19,74 € d'indemnité après 1 an de non-restitution.
Exemple concret : calculer si la retenue est justifiée
Prenons un cas pratique pour clarifier.
Situation :
- Loyer : 800 € par mois (hors charges) ;
- Charges locatives : 120 € par mois ;
- Dépôt de garantie versé : 800 € ;
- Durée du bail : 3 ans ;
- Départ du locataire : 31 mars 2024 ;
- Lettre du propriétaire reçue le 15 avril 2024 : « Retenue de 20 % du dépôt (160 €) pour charges de copropriété. Reste à restituer : 640 €. »
Analyse légale :
La retenue de 160 € est injustifiée pour les raisons suivantes :
- Le propriétaire n'a fourni aucune justification (pas de facture, pas de devis) ;
- Les « charges de copropriété » ne sont pas des charges locatives : elles restent à la charge du propriétaire ;
- La retenue est forfaitaire (20 %) et non basée sur des frais réels ;
- Un décompte de charges locatives n'a pas été joint (ce qui est exigé légalement) ;
- La restitution du dépôt dans le délai d'un mois n'a pas été respectée (aucune date de virement n'a été communiquée).
Recours du locataire :
Le locataire peut :
- Réclamer la restitution intégrale des 800 € plus intérêts moratoires ;
- Justifier que les charges de copropriété ne doivent pas être déduites du dépôt de garantie ;
- Contester la retenue forfaitaire en demandant une justification détaillée.
Comment contester une retenue injustifiée : procédure pratique
Si votre propriétaire a effectué une retenue de 20 % sur votre caution sans justification, voici comment agir :
Étape 1 : Envoyer une mise en demeure (recommandée avec accusé de réception)
Adressez une lettre au propriétaire lui demandant de justifier la retenue sous 8 jours. Voici un modèle :
« Madame, Monsieur,
Par votre courrier du [date], vous m'avez annoncé une retenue de [montant] € sur mon dépôt de garantie pour « charges de copropriété ». Or, selon l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989, vous devez restituer mon dépôt intégralement dans un délai d'un mois, sauf justification par factures ou devis détaillés.
Je vous demande de me fournir, dans un délai de 8 jours, les justificatifs de cette retenue (factures, devis, états de lieux comparatifs).
Dans le cas contraire, j'engagerai une action en justice pour obtenir la restitution intégrale du dépôt plus les intérêts moratoires prévus à l'article 22-1.
Cordialement. »
Étape 2 : Obtenir les justifications
Si le propriétaire refuse ou ne répond pas, demandez-lui par courrier recommandé de fournir :
- Le décompte détaillé des dégâts matériels avec photos avant/après ;
- Les factures des réparations (avec montants réels) ;
- Le décompte annuel des charges locatives (si applicable) ;
- Une justification de la part « charges de copropriété ».
Étape 3 : Saisir le tribunal compétent
Si le propriétaire ne cède pas, vous pouvez saisir :
- Le tribunal d'instance (ou tribunal judiciaire selon les régions) pour un montant inférieur à 10 000 € ;
- Le conciliateur de justice pour une tentative de résolution amiable avant le tribunal.
Le coût d'une action au tribunal d'instance est faible (moins de 100 €) et les frais peuvent être récupérés auprès du propriétaire condamné.
Délais légaux : tableau récapitulatif
Voici un récapitulatif clair des délais à respecter :
| Événement | Délai légal | Texte de loi |
|---|---|---|
| Restitution du dépôt sans retenue | 1 mois après départ | Article 22, loi 6 juillet 1989 |
| Restitution partielle (avec retenue justifiée) | 1 mois avec justifications | Article 22, loi 6 juillet 1989 |
| Intérêts moratoires si retard | À partir du jour 31 | Article 22-1, loi 6 juillet 1989 |
| Prescription (délai pour agir) | 5 ans | Code civil, article 2224 |
Montants concrets : ce que vous pouvez réclamer
Cas 1 : Retenue non justifiée de 160 € (dépôt initial 800 €)
- Restitution immédiate : 160 € ;
- Intérêts moratoires (1 an de retard) : 160 × 3,29 % = 5,26 € ;
- Total : 165,26 €.
Cas 2 : Retenue non justifiée de 300 € (dépôt initial 1 500 €)
- Restitution immédiate : 300 € ;
- Intérêts moratoires (2 ans de retard) : 300 × 3,29 % × 2 = 19,74 € ;
- Total : 319,74 €.
Notez que vous pouvez également réclamer les frais de procédure et les frais de mise en demeure si vous deviez engager une action en justice.
Que faire si le propriétaire demande des charges locatives justifiées ?
Attention : il existe une situation différente. Si le propriétaire vous réclame le solde de charges locatives réelles et justifiées, ce n'est pas une retenue forfaitaire illegale, mais un décompte legitime.
Par exemple, si vous aviez une provision sur charges de 100 € par mois pendant 3 ans (36 mois = 3 600 €), mais que les frais réels de l'année 3 se sont élevés à 3 900 €, le propriétaire peut légalement réclamer 300 € supplémentaires sur le dépôt de garantie.
La différence ? Il doit fournir un décompte détaillé avec :
- Les charges réelles payées (avec factures) ;
- La provision payée par le locataire ;
- Le solde restant dû.
Sans ce décompte, la retenue est injustifiée, même si elle est documentée comme « charges ».
Recours amiables : conciliation et médiation
Avant d'engager une action en justice, vous pouvez :
1. Solliciter un conciliateur de justice
Le conciliateur de justice est un magistrat bénévole qui cherche à résoudre les litiges à l'amiable. L'accès est gratuit et sans avocat obligatoire. Il peut vous aider à négocier avec votre propriétaire.
2. Recourir à une association de locataires
Des associations comme l'UFC-Que Choisir ou la Confédération Générale du Logement peuvent vous conseiller gratuitement et envoyer des mises en demeure au propriétaire.
3. Consulter un avocat spécialisé
Pour une situation complexe (montants importants, propriétaire récalcitrant), une consultation juridique peut accélérer la résolution. LeDevisJuridique.fr vous met en relation avec des avocats spécialisés en droit du logement qui peuvent vous conseiller et vous représenter à coût maîtrisé.
Les erreurs à ne pas commettre
❌ Erreur 1 : Accepter une retenue forfaitaire sans demander de justification
Beaucoup de locataires acceptent passivement une retenue de 20 % « parce qu'ils ont vu ça ailleurs ». C'est une erreur : c'est illégal et vous pouvez le contester même 5 ans après.
❌ Erreur 2 : Ne pas garder de preuves
Conservez toutes les lettres du propriétaire, les contrats de bail, les photos d'état des lieux, les reçus de dépôt de garantie. Ces documents prouvent votre droit à la restitution.
❌ Erreur 3 : Accepter un règlement par virement sans lettre justificative
Si le propriétaire accepte de restituer le dépôt suite à votre réclamation, demandez une lettre écrite confirmant que c'est une restitution intégrale « sans retenue » et à titre définitif.
❌ Erreur 4 : Oublier la prescription
Vous avez 5 ans pour agir (prescription selon le Code civil). Ne tardez pas inutilement, car les délais s'allongent et les preuves s'effacent.
Exemple de courrier type à envoyer en recommandé
Voici un modèle complet que vous pouvez adapter à votre situation :
À l'attention de [Nom du propriétaire]
[Adresse du propriétaire]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Objet : Réclamation — Restitution du dépôt de garantie — Retenue injustifiée
Madame, Monsieur,
Je vous adresse ce courrier suite à votre courrier du [DATE] relatif à mon dépôt de garantie pour le logement situé à [ADRESSE], loué sous bail du [DATE DÉBUT] au [DATE FIN].
Vous m'avez informé d'une retenue de [MONTANT] € sur mon dépôt de garantie (montant initial : [MONTANT INITIAL] €) en justification de « charges de copropriété ».
Or, selon l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989, relative aux rapports entre bailleurs et locataires, le dépôt de garantie doit être restitué « dans un délai d'un mois à compter de la fin du bail, déduction faite, le cas échéant, des réparations locatives ou autres dépenses mises à la charge du locataire ».
Les charges de copropriété ne sont pas une charge locative récupérable et ne peuvent légalement justifier une retenue sur mon dépôt. Le dépôt de garantie ne peut couvrir que : – Les dégâts matériels documentés par factures ; – Les loyers impayés ; – Les charges locatives réelles et justifiées (avec décompte détaillé).
Par conséquent, je vous demande de : 1. Me fournir, sous 8 jours, les justificatifs détaillés de cette retenue (factures, devis, états de lieux comparatifs) ; 2. Restituer intégralement mon dépôt de garantie dans ce même délai de 8 jours à compter de la réception de ce courrier.
Dans le cas contraire, j'engagerai une action en justice pour obtenir : – La restitution intégrale du dépôt ([MONTANT INITIAL] €) ; – Les intérêts moratoires applicables selon l'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 ; – Les frais de procédure et les dépens.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
[Votre nom et prénom]
[Votre adresse actuelle]
[Votre téléphone ou email]
Pièces jointes : – Copie du bail de location ; – Copie du reçu de dépôt de garantie ; – Copie de votre courrier du [DATE] ;
Questions fréquemment posées
1. Si ma caution n'a pas été restituée du tout, suis-je en droit de réclamer des intérêts ?
Oui. Si vous n'avez rien reçu après 1 mois (délai légal), vous pouvez réclamer :
- L'intégralité du dépôt de garantie ;
- Les intérêts moratoires (taux légal d'environ 3,29 % par an) à partir du jour 31 après votre départ ;
- Les frais de mise en demeure (généralement 20-50 €) ;
- Les frais de procédure si vous saisissez le tribunal.
La Cour de cassation a confirmé que l'absence totale de restitution dans le délai d'un mois génère des intérêts obligatoires, même si le propriétaire prétexter des doutes sur le montant à restituer.
2. Le propriétaire peut-il retenir la caution pour les impayés de charges locatives ?
Oui, mais seulement si :
- Les charges locatives figurent dans le bail ;
- Le locataire les doit réellement (avec justificatifs d'impayés) ;
- Un décompte détaillé et signé est fourni ;
- Le montant retenu correspond aux charges réelles et non à un forfait.
Si le propriétaire vous réclame 300 € de charges impayées par exemple, il doit fournir le décompte de consommation et les justificatifs. Une retenue forfaitaire (« 20 % pour charges ») reste illegale.
3. Quel est le délai de prescription pour réclamer mon dépôt de garantie ?
Vous avez 5 ans à compter de votre départ du logement pour réclamer la restitution de votre dépôt. Ce délai est prévu par l'article 2224 du Code civil (prescription quinquennale). Passé ce délai, vous ne pouvez plus agir en justice.
Exemple : vous avez quitté le logement le 31 mars 2024. Vous pouvez réclamer jusqu'au 31 mars 2029.
4. Puis-je agir sans avocat pour récupérer mon dépôt de garantie ?
Oui. Pour les petits montants (moins de 5 000 €), vous pouvez :
- Envoyer une mise en demeure vous-même (en recommandé) ;
- Saisir le conciliateur de justice (gratuit, sans avocat) ;
- Saisir le tribunal d'instance (frais réduits, sans avocat obligatoire).
Un avocat peut accélérer le processus et augmenter vos chances d'obtenir gain de cause. LeDevisJuridique.fr vous aide à trouver un avocat spécialisé en droit du logement pour vous assister à coût raisonnable.
5. Le syndic de copropriété peut-il réclamer directement sur mon dépôt ?
Non. Le syndic de copropriété ne peut jamais réclamer directement au locataire. Il réclame au propriétaire-bailleur. Le propriétaire ne peut pas, à son tour, déduire ces charges du dépôt de garantie du locataire, car ce seraient les charges de copropriété du propriétaire, pas des charges locatives du locataire.
Si le syndic vous envoie une facture directement, rejetez-la et informez-le que vous êtes locataire, non propriétaire.
Conclusion et prochaines étapes
Une retenue forfaitaire de 20 % sur votre caution pour « charges de copropriété » n'est pas légale. Vous avez le droit de réclamer la restitution intégrale de votre dépôt de garantie, accompagnée d'intérêts moratoires si le délai d'un mois n'a pas été respecté.
Voici le plan d'action :
- Étape 1 : Envoyez une mise en demeure en recommandé au propriétaire ;
- Étape 2 : Donnez-lui 8 jours pour fournir les justificatifs ou restituer le dépôt ;
- Étape 3 : Si pas de réponse, contactez un conciliateur de justice ou saisissez le tribunal d'instance ;
- Étape 4 : Si le montant est important ou la situation complexe, consultez un avocat spécialisé via LeDevisJuridique.fr.
La loi du 6 juillet 1989 est de votre côté. N'hésitez pas à la faire respecter.







