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Travail

Rupture conventionnelle : rédiger votre lettre d'accord en toute sécurité

Par LDJ
Publié le
9/4/2026
Rupture conventionnelle : rédiger votre lettre d'accord en toute sécurité - Droit du travail - LeDevisJuridique.fr

Qu'est-ce qu'une rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est un mode de séparation amiable entre l'employeur et le salarié, entré en vigueur le 25 juin 2008. Contrairement à une démission classique, elle ne vous prive pas de droits : vous pouvez prétendre à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), communément appelée allocations chômage.

Avant 2008, une démission signifiait perte de tout droit au chômage. La rupture conventionnelle a changé la donne. Elle est réglementée par les articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail.

Les deux parties doivent être d'accord. Aucune d'elles ne peut imposer la rupture conventionnelle à l'autre. C'est un acte consensuel qui protège les deux côtés.

Pourquoi envoyer une lettre en rupture conventionnelle ?

Bien que la rupture conventionnelle soit souvent initiée oralement ou par un entretien en face à face, mettre par écrit votre accord est essentiel pour :

  • Fixer les modalités précises (date de départ, indemnités, congés non pris, etc.)
  • Créer une preuve en cas de litige ultérieur
  • Respecter les délais de rétractation (14 jours pour chacune des parties après signature, selon l'article L1237-13)
  • Faciliter le traitement administratif auprès de Pôle emploi

Une lettre claire évite les malentendus et les conflits futurs. Elle formalise votre volonté mutuelle de rupture.

Les éléments obligatoires d'une lettre de rupture conventionnelle

Votre lettre doit contenir certaines mentions indispensables pour que la rupture soit valide :

1. Identité complète des parties

Vous devez indiquer :

  • Vos nom, prénom et adresse personnelle
  • Nom de l'entreprise, adresse du siège ou du lieu de travail
  • Nom et fonction du destinataire (directeur, RH, etc.)

2. Objet clair de la lettre

Dès le début, écrivez en gras ou soulignez : « Objet : Demande de rupture conventionnelle » ou « Proposition de rupture conventionnelle ». Cette clarté est cruciale.

3. Accord mutuel et volontaire

La lettre doit manifester sans équivoque votre consentement libre et éclairé. Évitez toute ambiguïté. Utilisez des formules comme « Par la présente, je propose une rupture conventionnelle de mon contrat de travail » ou « Vous et moi acceptons conjointement une rupture conventionnelle ».

4. Référence au contrat de travail

Mentionnez :

  • Le type de contrat (CDI, CDD)
  • La date de signature
  • Votre poste ou fonction
  • La date d'embauche

5. Modalités de la rupture

Précisez :

  • Date effective de fin du contrat (respectant les délais légaux ou conventionnels)
  • Indemnité de rupture conventionnelle (montant en euros)
  • Prise en charge des congés restants (paiement ou report)
  • Solde de tout compte (tout ce qui vous reste dû)
  • Modalités de remise des documents (certificat de travail, attestation Pôle emploi, etc.)

6. Délais de rétractation

Selon l'article L1237-13 du Code du travail, chaque partie dispose d'un délai de 14 jours calendaires à compter de la signature pour se rétracter. Mentionnez ce droit dans votre lettre : « Nous nous accordons respectivement 14 jours à compter de la signature pour nous rétracter sans motif ».

7. Signature et date

Vous devez signer et dater votre lettre. Si possible, demandez la signature de l'employeur dès que vous l'envoyez. L'accord doit être signé par les deux parties pour être complet.

Modèle complet de lettre de rupture conventionnelle

[Votre nom]
[Votre adresse complète]
[Votre numéro de téléphone]
[Votre adresse email]

[Lieu], le [date du jour]

À l'attention de [Nom du destinataire]
[Titre du destinataire, ex. : Directeur des ressources humaines]
[Nom de l'entreprise]
[Adresse complète de l'entreprise]

Objet : Proposition de rupture conventionnelle du contrat de travail

Monsieur, Madame,

Je vous adresse par la présente une proposition de rupture conventionnelle de mon contrat de travail, conformément aux dispositions des articles L1237-11 et suivants du Code du travail.

Éléments du contrat de travail :

  • Type de contrat : CDI (ou CDD)
  • Date d'embauche : [date]
  • Poste occupé : [intitulé]
  • Département/Service : [département]

Motif de la rupture :

Je souhaite mettre fin à notre relation contractuelle d'un commun accord, en raison de [raison succinctement expliquée : reconversion professionnelle, projet personnel, etc.]. Cette rupture se fera dans le respect mutuel et sans contentieux.

Modalités de la rupture :

  • Date effective de fin du contrat : [date], soit après un délai de préavis de [nombre] jours/mois à compter de la signature du présent accord
  • Indemnité de rupture conventionnelle : [montant en euros], brut, que vous vous engagez à me verser en une seule fois à la date de fin du contrat
  • Congés payés restants : [nombre de jours], qui seront [pris avant la fin du contrat / convertis en indemnité à hauteur de X euros]
  • Solde de tout compte : À la signature de cet accord, un solde de tout compte sera établi indiquant l'ensemble des sommes dues (salaire, primes, congés, indemnité de rupture)

Documents et formalités administratives :

  • Vous vous engagez à me remettre un certificat de travail mentionnant ma fonction et la durée de mon emploi
  • Vous me fournirez une attestation Pôle emploi (ou déclaration sociale nominative) permettant mon inscription au chômage
  • Un reçu de versement sera établi pour justifier le paiement de l'indemnité de rupture

Délai de rétractation :

Conformément à l'article L1237-13 du Code du travail, chacune des parties dispose d'un délai de 14 jours calendaires à compter de la présente signature pour se rétracter, sans avoir à justifier ses motifs. Aucune indemnité ne sera versée en cas de rétractation.

Acceptation mutuelle :

Je vous demande de contresigner cet accord à titre d'acceptation de votre part. Dès sa signature par vous deux, nous respecterons les formalités de notification et le délai de rétractation de 14 jours.

Cette rupture conventionnelle sera effectuée dans un cadre amiable et sans réserve de part et d'autre.

Je reste à votre disposition pour discuter de tout ajustement que vous jugeriez nécessaire.

Cordialement,

[Votre signature manuscrite]
[Votre nom dactylographié]

À compléter par l'employeur :

J'accepte cette proposition de rupture conventionnelle dans les termes énoncés ci-dessus.

Fait à [lieu], le [date]

Signature du [titre : directeur, responsable RH, etc.] : _______________
Nom dactylographié : _______________

Envoyer votre lettre en recommandé avec accusé de réception (LRAR)

Une fois votre lettre rédigée et d'accord avec votre employeur, vous devez l'envoyer en LRAR. Voici pourquoi et comment :

Pourquoi la LRAR est-elle obligatoire ?

La recommandée avec accusé de réception crée une preuve irrécusable :

  • Preuve de la date d'envoi (déterminante pour les délais de rétractation)
  • Preuve de réception par le destinataire
  • Document de référence en cas de litiges ultérieurs

Sans LRAR, vous risquez que l'employeur conteste avoir reçu votre lettre ou prétende une date différente.

Comment envoyer votre lettre en LRAR ?

Vous avez plusieurs options :

  • À la Poste : allez directement à la Poste avec votre lettre timbrée, demandez un « recommandé avec accusé de réception ». Le coût est d'environ 3,50 à 5 euros selon le poids (2025-2026). Vous recevrez un numéro de suivi et un avis de réception.
  • Recommandé en ligne : sur le site La Poste, vous pouvez préparer votre recommandé en ligne et le déposer en bureau de poste ou via un partenaire Relais Poste.
  • Signature électronique : certaines entreprises acceptent les signatures électroniques (vérifiez auprès de votre RH). Vous pouvez alors envoyer la lettre par email avec une preuve de lecture, mais préférez toujours une LRAR papier pour plus de sécurité.

En combien de temps la lettre doit-elle arriver ?

Un recommandé avec accusé de réception arrive généralement sous 2 à 5 jours ouvrables. La date de réception officielle inscrite sur l'avis de réception est déterminante pour le calcul du délai de rétractation de 14 jours.

Par exemple, si votre lettre est signée le 10 janvier 2026 et reçue le 12 janvier, les 14 jours de rétractation courent jusqu'au 26 janvier inclus (14 jours calendaires).

Les erreurs à absolument éviter

Une mauvaise rédaction peut invalider votre rupture conventionnelle ou créer des problèmes ultérieurs. Voici les pièges courants :

Erreur 1 : Ambiguïté sur le consentement

À éviter : « Je envisage peut-être une rupture » ou « Je demande de quitter si les conditions sont bonnes ».

À faire : Soyez catégorique : « Je propose une rupture conventionnelle » ou « J'accepte une rupture conventionnelle ».

Erreur 2 : Oublier les montants exacts

Ne laissez pas de flou sur l'indemnité. Écrivez précisément le montant en euros (ex : « 10 000 euros bruts ») plutôt que « une indemnité convenable ». Cela évite les disputes ultérieures.

Erreur 3 : Négliger la date effective de fin du contrat

Une date vague (« bientôt », « prochainement ») rend la lettre inexécutable. Mettez une date précise : « 31 mars 2026 » plutôt que « fin du mois ».

Erreur 4 : Oublier les documents administratifs

Ne mentionnez pas seulement le paiement de l'indemnité. Précisez que l'employeur remettra :

  • Le certificat de travail
  • L'attestation Pôle emploi (essentielle pour les allocations chômage)
  • Le solde de tout compte

Sans ces documents, vous ne pourrez pas vous inscrire au chômage.

Erreur 5 : Signer sans avoir l'accord écrit de l'employeur

N'envoyez jamais une lettre que vous seul signez en disant « à titre de proposition ». L'employeur doit contresigner pour que l'accord soit bilatéral. Si vous envoyez seul, vous risquez que l'employeur prétende que vous avez démissionné, non que vous êtes en rupture conventionnelle (perte du chômage à la clé).

Erreur 6 : Oublier de documenter les délais de rétractation

L'article L1237-13 impose un délai de 14 jours. Écrivez cette clause dans votre lettre. Sinon, si l'employeur dit qu'il ne savait pas, vous pourriez avoir des problèmes.

Erreur 7 : Conditions suspensives ou conditionsalité

À éviter : « Rupture conventionnelle à condition que je trouve un autre emploi » ou « Si vous acceptez une augmentation ». Ces conditions rendent la rupture conditionnelle et potentiellement inopérante.

Erreur 8 : Envoyer une simple démission au lieu d'une rupture conventionnelle

Une démission classique (« Je vous demande de mettre fin à mon contrat ») n'est pas une rupture conventionnelle. Vous perdrez le droit au chômage. Le mot « rupture conventionnelle » doit figurer explicitement.

Délais à respecter après la signature

Une fois la lettre signée par les deux parties, plusieurs délais légaux s'appliquent :

  • 14 jours de rétractation (article L1237-13) : chacun peut revenir en arrière sans raison. Ce délai est impératif.
  • Préavis : après le délai de rétractation (s'il n'y a pas eu de rétractation), un préavis peut s'appliquer. Si vous avez précisé 30 jours, le contrat prend fin 30 jours après la fin du délai de rétractation.
  • Congés payés : s'il vous reste des jours, ils doivent être pris avant la fin du contrat ou convertis en indemnité.
  • Paiement des indemnités : l'indemnité de rupture doit être versée au jour de la fin du contrat, sinon c'est un manquement de l'employeur.

Rupture conventionnelle et droits au chômage

C'est l'avantage principal : contrairement à une démission ordinaire, la rupture conventionnelle vous ouvre droit aux allocations chômage. Vous pourrez vous inscrire à Pôle emploi comme demandeur d'emploi involontaire (la rupture conventionnelle n'est pas volontaire au sens du chômage, même si vous êtes d'accord).

Pour bénéficier du chômage, vous devez :

  • Avoir cotisé au moins 122 jours ou 610 heures de travail au cours des 24 derniers mois
  • Disposer de l'attestation Pôle emploi fournie par votre employeur
  • Vous inscrire à Pôle emploi dans les délais

L'indemnité de rupture conventionnelle n'est pas soumise aux cotisations sociales jusqu'à un certain seuil (environ 12 000 euros en 2026), ce qui la rend avantageuse fiscalement.

Quelques conseils pratiques supplémentaires

Conservez tous les originaux

Gardez un exemplaire de votre lettre signée, l'avis de réception LRAR, et tout échange ultérieur. Ces documents sont vitaux en cas de litige.

Relisez attentivement avant d'envoyer

Cherchez les erreurs de date, de montants, de dates de naissance ou d'adresses. Une erreur apparemment mineure pourrait invalider l'accord.

Consultez un avocat si le contexte est complexe

Si vous avez des inquiétudes (malveillance de l'employeur, indemnité sous-évaluée, conditions suspectes), si vous êtes dans une situation discriminatoire ou si vous avez des congés maladie en cours, consulter un avocat spécialisé en droit du travail est judicieux. Si vous êtes dans cette situation, vous pouvez décrire votre cas sur LeDevisJuridique.fr pour recevoir des devis gratuits d'avocats spécialisés. C'est sans engagement.

Vérifiez votre convention collective

Votre convention collective secteur/métier peut prévoir des délais ou des indemnités minimales différentes de la loi. Consultez-la ou demandez à votre RH : « Quelle est notre convention collective et ses dispositions en cas de rupture conventionnelle ? »

Anticipez votre inscription au chômage

Dès que la rupture est signée, informez Pôle emploi (si vous êtes déjà inscrit) ou inscrivez-vous immédiatement après (pas avant la rupture effective). Vous gagnerez des jours cotisés.

Cas particuliers : rupture conventionnelle et licenciement économique

Parfois, un employeur propose une rupture conventionnelle pour éviter un licenciement économique. C'est légal, mais attention : vous pouvez refuser et demander un vrai licenciement (avec indemnités légales minimales). Ne vous laissez pas forcer. La rupture doit être véritablement volontaire.

Si l'employeur vous met une pression inddue (« Signe ou tu seras licencié »), c'est une menace qui pourrait vicier le consentement. Vous pourriez contester la rupture ultérieurement.

Rupture conventionnelle et assurance chômage

Depuis 2021, une rupture conventionnelle ouvre droit à l'ARE (allocation d'aide au retour à l'emploi) sans franchise. Autrement dit, vous toucherez le chômage du jour suivant la fin de votre contrat, sans délai de carence, à condition d'être inscrit à Pôle emploi.

Le montant varie selon vos derniers salaires et votre durée d'affiliation. Pôle emploi calculera automatiquement quand vous vous inscrirez avec votre attestation Pôle emploi fournie par l'employeur.

Signature électronique et e-rupture

Depuis 2020, la signature peut être numérique. Certaines entreprises proposent des plateformes de signature électronique (DocuSign, Adobe Sign, etc.). C'est légal et valide, mais :

  • Assurez-vous que votre employeur utilise une plateforme reconnue par la loi (signature électronique qualifiée ou équivalente)
  • Conservez une copie dématérialisée de tout ce qui est signé
  • Préférez toujours une LRAR papier pour la preuve de réception officielle

En résumé : les 7 étapes clés

  1. Discutez avec votre employeur en face à face ou par entretien. Assurez-vous qu'il est d'accord avant de rédiger.
  2. Rédigez la lettre clairement avec tous les éléments obligatoires (identités, objet, montant, date, délais).
  3. Faites signer par l'employeur sur le même document (contresignature).
  4. Envoyez en LRAR avec accusé de réception pour preuve irrécusable.
  5. Attendez 14 jours de rétractation (délai légal de part et d'autre).
  6. Respectez le préavis** convenu et prenez vos congés restants.
  7. Inscrivez-vous à Pôle emploi dès que le contrat est terminé avec votre attestation Pôle emploi.

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Questions fréquentes

Puis-je envoyer une rupture conventionnelle par email ?

Techniquement oui, avec signature électronique (DocuSign, Adobe, etc.), mais ce n'est pas recommandé sans LRAR papier en parallèle. L'email ne crée pas une preuve de réception irrécusable. Préférez toujours la LRAR papier pour la sécurité juridique. Vous pouvez envoyer la version email à titre informatif, mais la version officielle doit partir en LRAR.

Que se passe-t-il si l'employeur refuse de signer la lettre ?

Si l'employeur refuse, il n'y a pas de rupture conventionnelle. Vous devez alors choisir : continuer le contrat ou démissionner (ce qui perd le droit au chômage) ou demander un licenciement. Si vous pensez être harcelé ou poussé injustement à partir, consultez un avocat. Vous pouvez décrire votre situation sur LeDevisJuridique.fr pour obtenir un avis spécialisé.

L'indemnité de rupture conventionnelle est-elle imposable ?

Non, jusqu'à un certain seuil (environ 12 000 euros en 2026 selon les barèmes). Au-delà, l'excédent est imposable. Consultez un expert-comptable si l'indemnité dépasse ce montant. Pour le chômage, l'indemnité n'est pas déduite du calcul de l'allocation.

Combien de temps la rupture conventionnelle prend-elle en tout ?

Environ 4 à 8 semaines selon le préavis convenu. Exemple : signature jour 1 → 14 jours de rétractation (jusqu'au jour 14) → 30 jours de préavis (jusqu'au jour 44) → fin du contrat. Mais vous pouvez convenir de délais plus courts.

Puis-je me rétracter après les 14 jours ?

Non, après les 14 jours, le délai de rétractation est clos. La rupture devient définitive. C'est pour cela que ce délai de deux semaines est crucial : relisez bien avant de signer et avant la fin du délai, vous pouvez revenir en arrière sans pénalité.

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