Qu'est-ce qu'une mise en demeure dans un litige de location ?
Une mise en demeure est un document officiel qui notifie à une personne (ici, le locataire ou le propriétaire selon le cas) qu'elle a un délai pour accomplir une obligation, sous peine de poursuites judiciaires. Dans les litiges locatifs, c'est une étape obligatoire avant toute action en expulsion.
En droit français, la mise en demeure doit être envoyée en respectant des formalités strictes pour être valide. Elle rompt les délais de rétractation, interrompt la prescription et constitue une preuve du sérieux de vos intentions.
Attention : contrairement aux idées reçues, une simple lettre ordinaire ou un SMS ne suffisent pas. La mise en demeure doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou remise en main propre contre signature.
Qui peut envoyer une mise en demeure pour expulsion ?
Seul le propriétaire bailleur (ou son mandataire, généralement un huissier ou un avocat) peut envoyer une mise en demeure d'expulsion au locataire. Le locataire ne peut pas envoyer une mise en demeure pour se faire expulser lui-même.
En revanche, un locataire peut envoyer une mise en demeure à son propriétaire pour l'obliger à réaliser des réparations, à lever des obstacles à la jouissance de son logement, ou pour contester des retenues abusives sur le dépôt de garantie.
Si vous êtes locataire et que vous avez reçu une mise en demeure, il est vivement recommandé de consulter un spécialiste rapidement. Sur LeDevisJuridique.fr, vous pouvez soumettre votre situation en quelques minutes et recevoir des devis gratuits d'avocats en droit locatif qui pourront analyser la validité de cette mise en demeure.
Les motifs légaux d'expulsion
La mise en demeure doit être justifiée par un motif légal. Les principaux motifs d'expulsion reconnus par le Code civil sont :
- Impayé de loyer : loyers ou charges non versés pendant plus de deux mois (article L.111-7 du Code monétaire et financier)
- Trouble à la jouissance : nuisances, dégradations du logement, location pour activité illégale
- Non-paiement des charges : eau, électricité, chauffage collectif
- Fin de bail : résiliation régulière du contrat avec congé valable
- Reprise personnelle : le propriétaire souhaite habiter le logement lui-même ou le faire habiter par un proche (règles strictes, article L.145-5 du Code rural)
- Vente du bien : résiliation pour vente en cas de vente réelle (très encadré)
Le motif doit être mentionné clairement et précisément dans la mise en demeure. Un motif vague ou inexact peut rendre la mise en demeure inefficace.
Les délais légaux avant une expulsion
Avant même d'envoyer une mise en demeure, sachez que les délais légaux varient selon la saison :
- De novembre à mars : délai minimum de 6 mois entre la mise en demeure et l'expulsion (protection hivernale, loi DALO)
- D'avril à octobre : délai minimum de 2 mois après jugement d'expulsion
Ces délais s'ajoutent à la procédure judiciaire elle-même, qui dure en moyenne 4 à 6 mois. Une expulsion ne peut donc jamais être exécutée immédiatement après la mise en demeure.
Mentions obligatoires dans une mise en demeure
Pour que votre mise en demeure soit valide et irréprochable, elle doit contenir les éléments suivants :
- Vos coordonnées complètes (nom, prénom, adresse, téléphone, email) ou celles de votre mandataire (avocat, huissier)
- Les coordonnées exactes du destinataire : nom, prénom, adresse du logement concerné
- La date de rédaction
- La description précise du litige : montant des arriérés, date du bail, numéro de bail si possible
- Les références légales : articles du Code civil ou du Code monétaire invoqués
- Le motif d'expulsion : impayé, trouble, fin de bail, etc.
- Le délai imposé pour régulariser : exemple « dans les 8 jours » ou « immédiatement »
- Les conséquences : mention que vous engagerez des poursuites judiciaires en cas de non-respect
- La signature : manuscrite pour une lettre papier
Modèle complet de mise en demeure d'expulsion pour impayé de loyer
MISE EN DEMEURE
[Votre nom]
[Votre adresse]
[Votre téléphone]
[Votre email]À l'attention de :
[Nom et prénom du locataire]
[Adresse exacte du logement loué]Objet : Mise en demeure de paiement des loyers en retard et menace d'expulsion
Logement : [Adresse du logement]
Numéro de bail : [si applicable]
Période concernée : [mois/année à mois/année]Madame, Monsieur,
Par la présente, je vous mets en demeure de vous acquitter immédiatement des dettes locatives suivantes :
• Loyers impayés : [montant] EUR
• Charges locatives impayées : [montant] EUR
• Montant total dû : [montant] EUR
• Période d'impayé : du [date] au [date]Selon le contrat de bail en date du [date du bail], vous vous êtes engagé à verser le loyer de [montant] EUR, payable [date de paiement chaque mois]. Vous êtes en retard de paiement depuis le [date du premier impayé], soit plus de deux mois d'arriérés.
Conformément aux dispositions de l'article L.111-7 du Code monétaire et financier et de l'article 1758 du Code civil, l'absence de paiement du loyer constitue une cause d'expulsion du logement.
Je vous demande de verser la somme totale de [montant] EUR sous un délai de 8 jours à compter de la réception de cette lettre.
Ce délai s'entend jusqu'au [date précise, soit 8 jours à partir de la LRAR].
Le paiement devra être effectué à :
[Vos coordonnées bancaires ou postales : RIB, adresse, numéro de compte]
À défaut de paiement intégral à cette date, je vous informe que je saisirai le tribunal judiciaire compétent afin d'obtenir votre condamnation à l'expulsion du logement, ainsi que le paiement de l'intégralité de la dette locative, des frais de procédure et des dommages-intérêts éventuels.
Cette expulsion s'effectuera selon la procédure légale prévue par le Code civil et pourra entraîner :
• Votre inscription au Fichier du surendettement des particuliers (FICP)
• L'inscription au fichier des impayés de loyer
• Des difficultés futures pour accéder à un logement
• Le versement de frais d'huissier et de justice
• La publication du jugement au service de publicité foncièreVous conservez le droit de régulariser votre situation à tout moment avant le jugement définitif.
Je demeure à votre disposition pour toute clarification, aux coordonnées mentionnées ci-dessus.
Fait à [lieu], le [date du jour]
[Signature manuscrite]
[Nom et titre : Propriétaire, Bailleur, ou Mandataire (huissier, avocat)]
Variante : mise en demeure pour trouble à la jouissance
MISE EN DEMEURE
[Votre nom]
[Votre adresse]
[Votre téléphone]
[Votre email]À l'attention de :
[Nom et prénom du locataire]
[Adresse exacte du logement loué]Objet : Mise en demeure de cesser les troubles à la jouissance du logement
Logement : [Adresse du logement]Madame, Monsieur,
Par la présente, je vous mets en demeure de cesser immédiatement les troubles que vous occasionnez à la jouissance pacifique du logement que vous occupez en tant que locataire.
Les troubles dénoncés sont :
• [Description précise des nuisances : bruits excessifs, dégradations, fumée, odeurs, activité illégale, etc.]
• Date des premiers troubles : [date]
• Fréquence : [hebdomadaire, quotidienne, etc.]
• Témoins éventuels : [noms et qualités des voisins affectés]Ces agissements violent vos obligations de locataire, énoncées à l'article 1729 du Code civil, qui vous impose de jouir paisiblement du logement sans incommoder les voisins et sans dégrader les lieux.
Je vous demande de cesser immédiatement ces troubles et de vous conformer à vos obligations locatives à partir de la réception de cette mise en demeure.
Vous disposez d'un délai de 8 jours pour me confirmer par écrit les mesures que vous prendrez pour régulariser cette situation.
À défaut de régularisation satisfaisante dans ce délai, je serai contraint de saisir le tribunal judiciaire compétent aux fins :
• D'obtenir votre condamnation à l'expulsion du logement
• Du paiement de dommages-intérêts pour trouble de jouissance
• Du paiement des frais de procédureFait à [lieu], le [date du jour]
[Signature manuscrite]
[Nom et titre : Propriétaire, Bailleur, ou Mandataire]
Comment envoyer une mise en demeure ?
L'envoi en recommandé avec accusé de réception (LRAR) est obligatoire. C'est la seule méthode qui crée une preuve incontestable de la date de réception et du contenu de la mise en demeure. Un email, un SMS, une lettre simple ou une remise en main propre sans signature ne sont pas suffisants pour engager une procédure d'expulsion valide.
Étapes pratiques :
- Imprimez votre mise en demeure en deux exemplaires (un pour vous, un pour le destinataire)
- Signez les deux exemplaires avec votre nom complet
- Rendez-vous à la poste avec vos deux exemplaires et votre pièce d'identité
- Demandez un envoi en recommandé avec accusé de réception
- Conservez le récépissé de dépôt et l'accusé de réception une fois retourné par la poste
- Archivez tout dans un dossier sécurisé
Le coût d'un LRAR est d'environ 4 à 6 euros en 2026. C'est un investissement minimal mais crucial pour la validité de votre démarche.
Erreurs à éviter absolument
Plusieurs erreurs courantes rendent une mise en demeure nulle ou inefficace :
- Pas d'envoi en LRAR : la mise en demeure n'aura aucune valeur légale
- Coordonnées manquantes : le destinataire ne peut pas vous répondre ou vous localiser
- Montant inexact : vérifiez le calcul exact des arriérés, charges et pénalités
- Motif flou ou absent : « arrêtez de déranger » ne suffit pas pour un trouble ; soyez précis
- Délai trop court ou absent : un délai raisonnable est nécessaire (minimum 8 jours pour impayé)
- Menaces disproportionnées : ne promettez que ce que vous pouvez légalement faire
- Oubli de signature : une lettre non signée n'est pas une mise en demeure
- Modification d'adresse sans vérification : envoyez à la dernière adresse connue du locataire
- Absence de références légales : citez les articles pertinents du Code civil
- Demande d'argent liquidé en dehors du loyer : n'ajoutez des pénalités que si le bail les prévoit
Différence entre mise en demeure et congé
Ne confondez pas :
- La mise en demeure : notifie une obligation non remplie et donne un délai pour régulariser avant action judiciaire
- Le congé : notifie l'intention de mettre fin au bail à une date donnée (pour non-renouvellement ou fin de location)
Un congé ne suffit pas pour une expulsion pour motif (impayé, trouble). Vous devez envoyer une mise en demeure, puis saisir le tribunal.
Pour un renouvellement refusé sans motif particulier, seul le congé est nécessaire, avec respect du délai de préavis (1 ou 3 mois selon la région et le type de logement).
Après la mise en demeure : quelles sont les étapes suivantes ?
Si le locataire ne régularise pas sa situation dans le délai imparti, vous devez :
- Saisir le tribunal judiciaire (ou le tribunal d'instance selon les montants) avec un dossier complet : copie de la mise en demeure, LRAR, bail, quittances, relevés de compte, photos
- Participer à l'audience : le tribunal convoquera les deux parties
- Obtenir un jugement d'expulsion : si la demande est justifiée
- Respecter les délais de grâce : 2 à 6 mois selon la saison (protection hivernale)
- Faire appel à un huissier : pour l'expulsion physique, délivrance de l'ordre de quitter les lieux
Tout ce processus prend généralement 6 à 12 mois. Il ne s'agit jamais d'une procédure rapide.
Protection légale du locataire : la loi DALO
Depuis la loi DALO (Droit Au Logement Opposable) de 2007, les locataires bénéficient de protections importantes :
- Garantie de délai : impossibilité d'expulser sans respecter les délais légaux
- Protection hivernale : suspension des expulsions du 1er novembre au 31 mars
- Droit aux allocations logement : même en cas de non-paiement, le propriétaire doit accepter un paiement par CAF ou MSA
- Droit à l'aide juridictionnelle : locataire en difficulté peut bénéficier d'une aide pour les frais de justice
Si vous êtes propriétaire, vous devez tenir compte de ces protections dans votre mise en demeure.
Dois-je faire appel à un avocat ou un huissier ?
Bien qu'il soit légalement possible de rédiger soi-même une mise en demeure, c'est fortement déconseillé pour plusieurs raisons :
- Risque d'erreurs qui annuleraient la procédure
- Méconnaissance des délais locaux ou saisonniers
- Impossibilité de rectifier après coup sans relancer les délais
- Stress et charge émotionnelle dans un dossier conflictuel
- Coûts finalement plus importants en cas d'erreur (nouvelle procédure)
Un avocat spécialisé en droit locatif coûte généralement entre 200 et 500 euros pour rédiger et envoyer une mise en demeure. C'est un petit prix pour sécuriser votre procédure.
Un huissier peut aussi se charger de la mise en demeure, avec un coût similaire, et crée automatiquement une preuve irréfutable de l'envoi et de la date.
Si vous êtes locataire et que vous avez reçu une mise en demeure qui vous semble abusive, vous pouvez consulter un avocat sans frais via LeDevisJuridique.fr. Déposez votre cas en ligne, et des avocats en droit locatif vous proposeront des devis pour vous défendre.
Cas particulier : locataire en difficulté sociale
Si le locataire est en situation de précarité (chômage, RSA, minima sociaux), certaines procédures spéciales s'appliquent :
- Demande de délai de grâce : le tribunal peut accorder un délai avant l'expulsion (jusqu'à 3 ans en cas de grande pauvreté, article L.615-10 du Code monétaire)
- Aide au logement : la CAF peut verser directement au propriétaire si le locataire demande le tiers payant
- Accès à la Garantie Loca-Pass : le Fonds de solidarité pour le logement (FSL) peut garantir les impayés
- Droit au relogement : obligation municipale de relogement après expulsion pour difficultés sociales
Si vous êtes propriétaire, proposer ces solutions avant l'expulsion évite une procédure longue et coûteuse. Le locataire, de son côté, doit faire ces demandes sans tarder.
Conseils pratiques pour éviter la mise en demeure
Pour le propriétaire :
- Contrôlez le paiement des loyers mensuellement
- Agissez dès le premier retard détecté
- Acceptez les situations de tiers payant (CAF, employeur)
- Proposez un échéancier en cas de difficultés du locataire
- Documentez tout manquement par écrit
Pour le locataire :
- Payez en temps et en heure, même en cas de litige
- Documentez les défauts d'entretien du logement
- Évitez les troubles et nuisances
- Communiquez rapidement avec le propriétaire en cas de difficultés
- Cherchez de l'aide auprès des services sociaux si problème financier
Mise en demeure de locataire vers propriétaire : exemple
Un locataire peut aussi envoyer une mise en demeure à son propriétaire, notamment pour :
- Défaut d'entretien du logement (fissures, fuites, isolation)
- Non-rétablissement du chauffage ou de l'eau chaude
- Restitution abusive du dépôt de garantie
- Non-respect du droit à l'habitabilité
Dans ce cas, la structure est similaire, mais le motif change. Exemple : « Je vous mets en demeure de procéder aux réparations du toit dans les 15 jours, conformément à l'article 1720 du Code civil (obligation d'entretien du bailleur). »
Points clés à retenir
- La mise en demeure doit être envoyée en LRAR : c'est obligatoire et incontournable
- Elle doit contenir un motif précis et des références légales : vague entraîne l'inefficacité
- Les délais de droit (2 à 6 mois) s'ajoutent à la procédure judiciaire : aucune expulsion n'est instantanée
- Faire appel à un professionnel réduit les risques d'erreur : moins coûteux qu'une nouvelle procédure
- La protection hivernale (nov-mars) suspend les expulsions : à respecter scrupuleusement
- Le locataire en difficulté a droit à des aides et délais : à explorer avant l'expulsion
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Questions fréquentes
Peut-on envoyer une mise en demeure par email ou SMS ?
Non, absolument pas. Email et SMS ne constituent pas des preuves valables devant un tribunal. Seule la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) ou la remise en main propre contre signature créent une preuve légale de la mise en demeure. Envoyer un email ou un SMS vous exposerait à voir votre action en justice rejetée pour vice de procédure.
Combien de temps après la mise en demeure peut-on expulser ?
Cela dépend de la saison. De novembre à mars, le délai minimum est 6 mois entre la mise en demeure et l'exécution de l'expulsion (protection hivernale). D'avril à octobre, c'est 2 mois après le jugement. En pratique, avec la procédure judiciaire, il faut compter au minimum 6 à 12 mois entre le jour de la mise en demeure et l'expulsion physique du logement.
Que se passe-t-il si le propriétaire envoie une mauvaise mise en demeure ?
Si la mise en demeure contient des erreurs substantielles (adresse manquante, motif inexistant, pas de délai, pas d'LRAR), elle peut être annulée. Le tribunal peut rejeter la demande d'expulsion si la mise en demeure est défectueuse. Il faudra alors recommencer la procédure depuis le début, ce qui pénalise gravement le propriétaire.
Le locataire peut-il régulariser la situation après la mise en demeure ?
Oui, absolument. Le locataire peut payer ses dettes, cesser les troubles ou corriger la situation à tout moment avant le jugement définitif. Même après une mise en demeure, il conserve le droit de régulariser. Si le paiement intervient avant la décision du tribunal, le propriétaire peut retirer sa demande. En revanche, les frais de mise en demeure restent dus si le bail les prévoit.
Un propriétaire peut-il expulser sans mise en demeure préalable ?
Non, la mise en demeure est obligatoire sauf dans les cas extrêmes (occupation sans titre, logement occupé après vente ou héritage). Pour une expulsion pour motif locatif (impayé, trouble, fin de bail), la mise en demeure est une étape légale incontournable. L'omettre rend toute procédure ultérieure nulle et non avenue.







